Texte de Christine Cariou, Nina Derain, Marguerite de Magnitot et Adrien Mohler. Photos d’Adrien Mohler.

À la découverte de la « belle oubliée » (Expression emprunté à un ouvrage de Christophe Lefébure, Notre-Dame de Mantes, la belle oubliée.)

On ne conçoit pas comment les voûtes de tout l’édifice peuvent être portées par des colonnes si minces et si allongées. Les architectes eux-mêmes ne le concevaient pas. L’architecte de la charmante église de Mantes, lorsqu’il fut question de décintrer l’édifice qu’il venait d’élever, prit la fuite et vint se cacher à Paris. Il ne laissa à Mantes que son neveu, qui devait lui envoyer un cheval pour revenir si son église n’était pas tombée. ((Cité par Christophe Lefébure, op.cit., p.14.))

Stendhal, Mémoires d’un touriste.

Les guides CASA d’Île-de-France se sont rendus à Mantes-la-Jolie le 26 janvier dernier, en commençant la journée par la messe dominicale célébrée par le Père Williamson. À l’occasion de la semaine pour l’unité des chrétiens, l’homélie a été prêchée par le pasteur du temple réformé voisin dans un esprit œcuménique.

Nous avons ensuite retrouvé notre guide du jour, Aline, ancienne guide CASA, qui est en train de réaliser une thèse sur la construction de la collégiale Notre-Dame de Mantes-la-Jolie. Nous avons d’abord découvert la ville médiévale, insoupçonnable et bien cachée dans le tissu urbain moderne. À noter la présence d’un pont du XIIe siècle, l’un des plus anciens de France encore conservé. Il reliait le domaine royal au territoire normand situé de l’autre côté de la Seine. Cette proximité fut à la fois une source de commerce et de conflits entre les deux rives du fleuve. La collégiale, qui domine le paysage, servit de vitrine prestigieuse, affirmant le pouvoir de cette cité royale.

« Notre-Dame de Paris » de Mantes-la-Jolie ?

La collégiale Notre-Dame de Mantes depuis les berges de la Seine.

En observant cette église, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur, on ne peut s’empêcher de remarquer des ressemblances avec une certaine cathédrale, aussi dédiée à Notre-Dame… mais à Paris cette fois !

L’édifice, dont la construction commence vers 1150, date lui aussi du premier gothique. On en reconnaît les voûtes sexpartites si caractéristiques de Notre-Dame de Paris. Les tours et leurs galeries (restaurées au XIXe siècle par Alphonse Durand, élève de Viollet-le-Duc) ressemblent beaucoup à celles de la cathédrale parisienne. La grande rose de la façade quant à elle, rappelle celle de Laon. Il faut lever les yeux pour admirer la particularité de la collégiale, le voûtement en berceau de la tribune au-dessus des chapelles absidiales.

Les portails

Le portail Nord de la Résurrection, dont la datation est encore voilée d’incertitude, est probablement le plus ancien des trois au vu de la sculpture. Son style est moins travaillé que sur deux autres portails, datant de la fin du XIIe (portail de la Vierge) et XIVe siècle (portail des échevins). Des traces de polychromie y sont encore visibles.

Tympan de la Résurrection du portail Nord. Le Christ en majesté, encensé par 2 anges, tient le livre scellé de sept sceaux et le disque symbolisant l’univers (milieu du XIIe siècle).

Aline, spécialisée dans l’architecture, a aussi attiré notre attention sur des détails marqués dans la pierre, que nous n’aurions pas remarqués sans elle. Apparaissent alors des marques de tâcherons, des restes de polychromie sur les murs et les voûtes ou encore des traces des outils des tailleurs de pierre, qui permettent de dater les phases du chantier. Grâce à la passion et à la gentillesse d’Aline, nous avons passé une journée chaleureuse malgré le froid de janvier. Merci Aline !

Pour terminer, deux astuces d’Aline pour expliquer et faire sourire: « Le remblayage du terrain, c’est comme si une grosse semelle avait été créée !  » « Le changement de décoration entre la nef et le chœur : c’est comme quand on passe de la salle de bain à la cuisine, la décoration change. »

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