Texte d’Isaure de Montbron, photos d’Éléonore Picart-Garnier.

À quelle époque et dans quel style fut construit le château de Blois ? Nul ne saurait vraiment le dire face à un tel éclectisme architectural. Chaque aile du château a son propre style, témoigne de son siècle, faisant ainsi de l’édifice un véritable livre d’histoire écrit dans la pierre… Et ce sont ces contrastes marqués qui confèrent au château de Blois son charme unique !

Au cœur de la ville de Blois, non loin des bords de Loire, se dresse ce fameux château, précédé d’une grande place et entouré d’une sorte de chemin de ronde. On pénètre dans l’édifice en traversant l’aile de Louis XII (aujourd’hui reconvertie en Musée des Beaux-Arts) pour déboucher sur la cour pavée. C’est là que notre petite troupe de guides CASA, déjà tout émerveillés par la beauté des façades, est rejointe par la guide du château, une jeune femme souriante et enjouée. S’ensuivent alors deux heures de visite passionnantes.

Première époque du château : une forteresse médiévale, construite par les comtes de Blois. La seule partie conservée de l’édifice original datant du XIIIe siècle est une bâtisse, très simple, coincée entre l’aile Louis XII et l’aile François Ier. Celle-ci abrite une immense salle seigneuriale qui s’étend sur 340 m², ce qui est absolument énorme pour un bâtiment civil au Moyen Âge. C’est d’ailleurs l’une des plus grandes salles civiques gothiques ((Avec la salle des Gens d’Armes du Palais de la Cité à Paris.)) de cette période conservée en France. Elle est séparée en son milieu par une rangée de colonnes qui distingue deux voûtes en berceau, tandis que la charpente datant de 1240 est dissimulée par des lambris de bois recouverts de fleurs de lys (les plus téméraires ont tenté de les compter, mais c’est finalement la guide qui nous a avoué qu’il n’y en avait en réalité pas moins de 7 000 !). La spécificité de cette salle ne réside pas seulement dans sa démesure mais également dans le rôle qui lui est attribué. Elle fut utilisée d’abord comme salle de justice par les comtes de Blois, puis c’est elle qui accueillit les Etats Généraux, convoqués à deux reprises au cours du XVIe siècle par Henri III ((En 1576-1577 pour la révocation de l’édit de pacification accordé aux Huguenots et en 1588-1589 avec l’assassinat des Guise (cf. infra).)). Fort heureusement que Louis XII a conservé cette salle grandiose !

Salle des États Généraux et sa haute voûte fleur-de-lysée, bâtie en 1214 par Thibault VI, dernier comte de Blois-Champagne, décors néogothiques de Félix Duban au XIXe siècle.

Nous en arrivons à la deuxième époque du château : l’aile Louis XII, au XVe siècle. Le roi décide de raser le château fort médiéval pour construire son propre château, dans un style gothique flamboyant. La construction débute en 1498. L’architecture est magnifique, avec un merveilleux usage de la bichromie grâce à une alternance de briques rouges et pierres blanches. C’est sur la façade côté ville qu’est nichée la statue équestre de Louis XII, avec juste en-dessous la représentation d’un porc-épic, puisqu’en effet cet animal est l’emblème du roi. Sa devise est la suivante : « de près comme de loin ((Cominus et eminus))» (et non « qui s’y frotte s’y pique » !), car la légende voulait que le porc-épic, animal quelque peu exotique pour l’époque, fût capable de lancer ses épines à ses ennemis même au loin.

Statue équestre de Louis XII surmontant l’emblème du porc-épic, original détruit en 1792, remplacée par une copie en 1858.
Cour du château, sur fond bichrome d’aile Louis XII, gothique flamboyant, XVe siècle.

Comme Louis XII n’a pas d’enfant, la couronne revient à son cousin, François, ce qui nous amène à la troisième époque de la construction : l’aile François Ier, chef-d’œuvre de la Renaissance. La construction débute dès l’accession au trône du nouveau souverain, en 1515. Par rapport à l’aile de Louis XII édifiée quinze ans auparavant, on commence à lire dans la façade une influence italienne qui s’immisce tout doucement en matière d’architecture. On remarque une certaine géométrisation et régularité dans l’ordonnancement des baies, mais ce décor architectural est appliqué sur des structures encore très françaises. Cette aile se caractérise surtout par un colossal escalier en vis, placé au centre de la façade, et complètement ajouré, de sorte que, lorsque François Ier y monte, paré de ses plus beaux atours, il puisse se faire admirer de la Cour amassée au pied de l’escalier. Un véritable escalier de parade ! À l’intérieur, les appartements royaux ont été complètement restaurés au XIXème siècle par Félix Duban ((Architecte (1797-1870) ayant dirigé la restauration de la Sainte-Chapelle à Paris à partir de 1836.)), qui a créé les décors muraux et a imaginé la distribution idéale d’un appartement royal de la fin du XVIe siècle – c’est à lui également que l’on doit l’étonnant carrelage en terre cuite vernissée, bleu et jaune, dans les appartements de Catherine de Médicis. Nous pénétrons dans la Salle du Roi, une très belle pièce où se dressent de part et d’autre deux imposantes cheminées, puis dans la Salle des Valois, où un cours d’histoire de France nous attend. Six bustes de rois y sont exposés, les uns à la suite des autres, favorisant ainsi un petit rappel généalogique. Les liens familiaux allant de Louis XII à Henri IV n’ont désormais plus de secrets pour les guides CASA !

Aile François Ier, orné de son colossal escalier, Renaissance, XVIe siècle.
Le saviez-vous ? La mode de la fraise, cette sorte de large collerette plissée, apparaît sous Henri II (qui règne de 1547 à 1559). Elle tire son appellation de sa ressemblance avec la fraise de veau (à savoir les intestins), et au-delà d’être un simple ornement, elle permet également de cacher les traces de certaines maladies comme la syphilis. Néanmoins, pour agrémenter la coquetterie, les hommes pouvaient également porter une boucle d’oreille, tandis que seules les femmes étaient autorisées à en porter deux.

L’une des pièces remarquables dans les appartements de la reine Catherine de Médicis est le studiolo. Ce petit cabinet Renaissance, lieu de travail et de lecture, a conservé ses boiseries murales d’origine, avec plus de deux cents panneaux sculptés de candélabres à l’italienne, tous différents ! Ce qui est très amusant, c’est le mécanisme secret que dissimulent ces boiseries : celui-ci permet d’ouvrir les panneaux renfermant de petits cabinets de curiosité rempli d’objets de toutes sortes. En fait, ces panneaux s’ouvrent en actionnant un levier avec le pied, au niveau de la plinthe (la guide a eu la gentillesse de nous révéler le secret, mais motus et bouche cousue !).

Studiolo, cabinet Renaissance, aménagé par François 1er avant 1520.
Qui est Antonietta Gonsalvus ? Cette petite fille est représentée sur une toile trônant dans la chambre de la reine Catherine de Médicis ((Épouse d’Henri II (1547-1559), mère des rois François II, Charles IX et Henri II et de Marguerite de Valois (la « Reine Margot »), première femme d’Henri IV.)), mais son aspect est effrayant. Son visage est couvert de longs poils, qui lui donnent une apparence d’animal. Or celle-ci a réellement vécu au XVIème siècle, ainsi que son père qui avait la même maladie, et ceux-ci étaient perçus comme des bêtes de foire par les nobles de l’époque, qui les recueillaient chez eux pour se divertir. Finalement, Disney n’est pas allé puiser bien loin son inspiration pour La Belle et la Bête !

Puis l’on pénètre dans les appartements du Roi sous Henri III, où de sombres complots nous attendent… Cette chambre avec un grand lit et un petit tableau représentant trois hommes nous plonge au cœur des guerres de religion. En effet, la tradition rapporte que c’est dans cette pièce que fut assassiné le Duc de Guise : celui-ci est le chef de la Ligue, mouvement ultra-catholique, et ses deux frères en sont également de fervents partisans. Tandis qu’Henri III convoque les États Généraux en 1588, rassemblant ainsi à Blois tous les grands du royaume, il en profite pour éliminer le Duc de Guise dans la nuit du 23 décembre, tué à coups de poignard. Le lendemain, c’est au tour du cardinal de Lorraine, le frère du Duc, d’être assassiné. Leurs corps sont brûlés et jetés dans la Loire, témoignant ainsi du refus de leur faire une sépulture, pour ne qu’ils soient pas érigés en martyrs par les partisans de la Ligue. Deux meurtres en deux jours au château de Blois, c’est digne d’un bon thriller… Mais ce n’est pas tout ! Huit mois plus tard, en août 1589, au château de Saint-Cloud, Henri III est poignardé par le moine ultra-catholique Jacques Clément, pour venger le Duc. Juste avant de mourir, le Roi, n’ayant pas d’héritier, a quand même le temps de désigner son lointain cousin Henri de Navarre comme successeur légitime, lequel deviendra Henri IV. Ce nouveau souverain, lui-même protestant, va parvenir à calmer les violences des guerres de religion en promulguant en 1598 un édit de tolérance, connu sous le nom d’Édit de Nantes, qui accorde des droits de culte, des droits civils et des droits politiques aux protestants. Somme toute, on menait au château une vie sacrément mouvementée !

Chambre du Roi, lieu de bien des complots, restaurée par Félix Duban, XIXe siècle.

À partir du XVIIe siècle, le château n’est plus une résidence royale, et nous en arrivons donc à la quatrième époque de construction : l’aile Gaston d’Orléans, un exemple du classicisme au XVIIe siècle. Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII et potentiel héritier au trône, est exilé par le Roi à Blois en 1635. Son projet consiste à raser entièrement le château de Blois qu’il juge vétuste pour en refaire un dans le goût de l’époque, selon une architecture classique (il n’y avait pas encore de conscience patrimoniale à l’époque, celle-ci n’arrive qu’à la fin du XVIIIe siècle). Il commence progressivement sa destruction et reconstruction, avec pour architecte François Mansart, mais le chantier s’arrête brutalement en 1638 avec la naissance inespérée d’un dauphin, Louis Dieudonné, le futur Louis XIV. Gaston d’Orléans n’est plus l’héritier, et ne reçoit donc plus l’argent nécessaire pour mener à bien son projet castral. Cet arrêt brutal se lit dans la pierre, puisque l’aile François Ier n’est qu’à moitié détruite, et la jonction entre les deux ailes semble inachevée. Ce bâtiment reste malgré tout un chef-d’œuvre de l’architecture classique, avec notamment une très belle colonnade.

 Aile Gaston d’Orléans, chef d’oeuvre classique inachevé, Classicisme, XVIIe siècle.

À la mort de Gaston d’Orléans en 1660, le château est laissé à l’abandon. Rapidement, il est récupéré par l’armée française et transformé en caserne militaire, ce qui permet de le sauver de la ruine. Mais il faut attendre le XIXe siècle pour que le château reprenne véritablement un second souffle, avec la naissance de la notion de « monuments historiques ». Prosper Mérimée, alors inspecteur général des monuments historiques ((Poste créé en 1830. Prosper Mérimée en est le deuxième titulaire après Ludovic Vitet. Il fit établie la première liste des monuments historiques en 1840 couvrant 934 édifices et 148 objets.)), classe le château de Blois sur la première liste en 1840, ce qui l’amène à confier les travaux de restauration à l’architecte Félix Duban. C’est grâce à lui que nous voyons le château dans l’état où il se trouve actuellement. Enfin, ce château a la particularité d’être municipal, et donc n’appartient pas à l’État mais bien à la ville de Blois.

Vue sur la façade des Loges depuis l’extérieur du château royal, aile François Ier.

Après avoir fini notre grand tour de visite, c’est le moment de quitter et de remercier notre charmante guide, la tête emplie de nouvelles connaissances. Mais ce n’est pas sans compter une petite photo de famille au pied de l’escalier de François Ier, pour conserver un souvenir de cette visite merveilleuse !

Le groupe CASA, heureux de sa belle visite, a posé en partant devant l’escalier François Ier.

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