À l’occasion de la visite du pape Léon XIV à Paris les 25 et 26 septembre 2026, les Guides CASA vous proposent de vous replonger dans les précédentes visites pontificales.
Au cours de l’histoire, si on excepte les papes de la papauté d’Avignon (1309-1376), onze papes seulement sont venus en France et jusqu’à présent seuls quatre d’entre eux auraient arpenté l’île de la Cité et visité la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Statue de Jean-Paul II devant Notre-Dame de Paris © Huỳnh Phạm So Ny’s Album/Flickr.com

Les visites papales à Notre-Dame de Paris
Les premiers papes qui ont visité la France ne sont pour la plupart pas passés par Paris
En 754, le pape Étienne II séjourne au royaume des Francs, mais sans doute pas à Paris. Le 28 juillet à l’abaye de Saint-Denis, il sacre Pépin le Bref, son épouse Bertrade, dite Berthe au Grand pied, et leurs fils Charlemagne et Carloman, légitimant ainsi la dynastie carolingienne en échange d’une aide militaire franque et de la cession de territoires.
De même, en 816, Étienne IV alla directement à Reims pour couronner empereur et impératrice Louis le Pieux et son épouse Irmengarde.
62 ans plus tard, Jean VIII, pape de 872 à 882, séjourna en France pour échapper aux fortes pressions politiques auxquelles il était soumis à Rome. Il visita Arles, assista ensuite au concile de Troyes avant de séjourner à l’abbaye de Saint-Marcel-lès-Chalon puis de consacrer l’église abbatiale de Saint-Pierre de Flavigny-sur-Ozerain.
Au milieu du XIe siècle, le pape Léon IX assiste à son tour un concile, à Reims, et visite Metz, en faisant un détour par Liège et Trèves. Urbain II ensuite, en 1095, prêche à Clermont la Première croisade.
En 1107, Pascal II rencontre le roi Philippe Ier, non pas à Paris comme on peut souvent le lire mais à l’abbaye de Saint-Denis, comme l’attestent le récit de l’abbé Suger et les archives de la cathédrale. Il continuera ensuite son voyage à l’abbaye de Cluny, La Charité et Saint-Martin de Tours.
Après lui, Innocent II vient en 1131 à Reims présider un concile. Le 25 octobre, pour assurer la stabilité de la dynastie capétienne, il sacre en urgence Louis VII, alors âgé de 11 ans, dont le frère aîné, Philippe, venait de mourir prématurément. Louis VII ne succéda à son père Louis VI le Gros que 6 ans plus tard, à la mort de celui-ci.
Alexandre III, premier pape à Paris
Le premier pape qui a véritablement séjourné à Paris et « visité » la cathédrale Notre-Dame est Alexandre III. Né Rolando Bandinelli, il est élu pape en 1159 et le resta jusqu’en 1181.
Plus qu’une simple visite en France, il réalise un long séjour de trois ans entre 1162 et 1165. En conflit avec l’empereur du Saint-Empire romain germanique, Frédéric Barberousse, qui entendait imposer l’anti-pape Victor Ier, Alexandre III fuit l’Italie pour se réfugier en France. Il débarque sur l’île de Maguelone, puis remonte ensuite vers le nord : Montpellier, Alès, Mende, Le Puy, Clermont. À Noël 1162 le pape est à Tours. Il y séjourne en alternance avec Paris une partie de l’année 1163 avant de s’installer à Sens, où il résidera jusqu’à la fin de son séjour français en novembre 1165.
Pendant cette période, Alexandre III vient à Paris consacrer le chœur de l’église abbatiale de Saint-Germain-des-Prés nouvellement reconstruit dans le style ogival. Il pose ensuite la première pierre de la cathédrale Notre-Dame de Paris en présence du roi Louis VII et de l’évêque Maurice de Sully devant une grande foule rassemblée sur l’île de la Cité. Les sources historiques ne sont pas unanimes sur la date exacte de l’événement, mais on retient traditionnellement la date du 24 mars 1163. Le chroniqueur Jean de Saint-Victor, dans son Memoriale Historiarum (XIVe siècle) explique que la cérémonie se situe « entre le 24 mars et le 25 avril 1165 ». En posant cette première pierre, le pape accomplit un geste architectural, mais surtout un geste politique et spirituel. La cathédrale est ainsi doublement légitimée par le pouvoir pontifical et par le pouvoir royal. Maurice de Sully et Louis VII s’assurent de la protection du papale et celui-ci en retour s’assure du soutien du roi de France dans sa lutte contre l’empereur Frédéric Barberousse. Le pape offre à Louis VII une rose d’or qui honore le souverain unique défenseur de l’Église après Dieu.
Au cours de ce séjour en France, Alexandre III rencontre également en novembre 1164, à Sens, Thomas Becket, l’archevêque de Cantorbéry, lui aussi en exil.
Deux siècles plus tard, en 1367, pendant la période avignonnaise de la papauté, Urbain V se rend à Montpellier. Puis entre le XVe siècle et le XVIIIe siècle les voyages pontificaux s’interrompent.
Pie VII, une visite très politique
Ce n’est qu’au tout début du XIXe siècle qu’a lieu la deuxième visite d’un pape à Paris. Celle de Pie VII, élu pape au milieu des troubles révolutionnaires, en mars 1800, à Venise où les cardinaux s’étaient réfugiés. Rome était alors aux mains de la République de Rome et des troupes françaises. Après la bataille de Marengo en juin 1800, Venise passe sous l’autorité de la France. Napoléon Bonaparte décide de reconnaître Pie VII et de restaurer les États pontificaux saisis par la République romaine en 1798. Pie VII peut enfin rentrer à Rome. Le 14 août 1801 il ratifie par une bulle le Concordat entre l’Église et l’État français dans un désir de normaliser les relations entre la France et le Saint-Siège. Cependant, en 1802, la République française promulgue 77 articles organiques qui visent à faire de l’Église de France une église nationale, soumise au pouvoir civil.
C’est dans ce contexte que Pie VII se rend à Paris, à l’appel de Napoléon Ier, pour le sacre de l’empereur. Le pape accepte avec le dessein d’obtenir l’abrogation de ces articles. La cérémonie est organisée le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris. Pie VII se rend d’abord à Fontainebleau le 25 novembre où il rencontre Napoléon dans la forêt avant d’être accueilli avec les honneurs militaires dus aux chefs d’État au château de Fontainebleau. Le 28 novembre il arrive à Paris où il est logé au pavillon de Flore au château des Tuileries. À la surprise de Napoléon, la présence du pape à Paris déclenche une importante ferveur, comme l’écrit Hortense de Beauharnais :
« Le pape fut partout recherché, respecté, et il dut se convaincre que la Révolution française n’avait pas dû détruire une religion que la liberté de conscience établie rendait encore plus sacrée. »
La cathédrale est aménagée pour le sacre. Des tribunes sont installées dans les collatéraux et des tentures et parements aux armoiries impériales sur les grandes arcades. Un trône couvert d’un dais pour le pape est placé du côté gauche du chœur, tandis qu’un second trône est placé sur une estrade au centre de la nef. Les invités doivent la contourner pour pénétrer dans l’espace, à la croisée du transept, où se déroule la majeure partie de la cérémonie. Un portique est monté devant la façade de Notre-Dame. L’ensemble des décors a été réalisé par les architectes Percier et Fontaine.
Le 2 décembre, à neuf heures du matin, le pape, encadré par quatre escadrons de dragons, quitte le palais des Tuileries et revêt ses ornements pontificaux à l’archevêché. À 10h30, il entre dans la cathédrale. Le cortège impérial se met en route au même moment. Le couple impérial et les princes Joseph et Louis Bonaparte sont accompagnés d’escadrons représentant des régiments d’artillerie et de cavalerie. Napoléon revêt ses ornements impériaux également à l’archevêché et entre à son tour dans la cathédrale. La cérémonie, qui comprend le sacre de l’empereur, son couronnement et le couronnement de l’impératrice, dure cinq heures. Elle se termine par la bénédiction du pape sur le couple impérial.
«Sur ce trône de l’Empire que vous affermisse et que, dans son royaume éternel, vous fasse régner avec lui, Jésus-Christ, Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, qui vit et règne avec Dieu le père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles ».
Il donne ensuite l’accolade à Napoléon et déclare « Vivat Imperator in aeternum », l’assistance répond « Vive l’Empeur ! », « Vive l’Impératrice ». Napoléon Ier prononce ensuite un serment civil. Le héraut d’armes, Michel Duverdier proclame enfin : « Le très glorieux et très auguste Napoléon, empereur des Français est sacré et intronisé ! »
À la sortie de Napoléon et Joséphine, une salve de 101 coups de canon est tirée.
Pie VII séjournera en France jusqu’au 16 mai 1805, sans avoir réussi à faire abroger les fameux articles organiques. Les relations entre l’empereur des Français et le pape ne feront que se détériorer ensuite, amenant l’empereur à faire enlever et emprisonner Pie VII d’abord à Savone puis au château de Fontainebleau pendant cinq ans. C’est le dernier pape à fouler le sol français avant un long moment.
Jean-Paul II, deux visites parisiennes
Ce n’est qu’au XXe siècle qu’un pape retournera en France, et c’est Jean-Paul II, le pape qui remporte le record des visites pontificales à travers le monde. Il est aussi le pape qui est venu le plus souvent en France, 8 fois entre 1980 et 2004.
Sur ses huit visites, il viendra deux fois à Paris, en 1980 et en 1997.
Lors de sa première visite en mai-juin 1980, le contexte ecclésial en France est difficile, l’Église de France sort de la crise des années 70 liée au déclin des vocations et aux tensions post-conciliaires qui ont divisé les catholiques. Le pape est accueilli à Orly le 30 mai par le président de la République, Valéry Giscard-d’Estaing, et le Premier ministre, Raymond Barre. Jean-Paul II déclare : « Je vais me rendre à la basilique Notre-Dame, la Mère des églises de ce diocèse, et l’un des plus vénérables édifices religieux de cette Nation. Je veux y confier au Seigneur et à la Vierge très sainte les souhaits que je forme à l’intention du Peuple Français tout entier. »
Sa première halte parisienne le mène place de la Concorde où il s’adresse au peuple français, à qui il est heureux de rendre visite. Il envoie un message « de paix, de confiance, d’amour et de foi ».
Il célèbre ensuite une messe à Notre-Dame de Paris, en présence du président de la République et de son épouse. C’est la première fois depuis 176 ans qu’un pape célèbre une messe dans la cathédrale de Paris. Le thème central de son homélie est « Aimes-tu ? » la question que le Christ adresse à Pierre après la Résurrection : « Aimes-tu ? M’aimes-tu ? M’aimes-tu davantage ? ». Il évoque la cathédrale « Cette splendide construction, trésor de l’art gothique, vos aïeux l’ont consacrée à la Mère de Dieu. Ils l’ont consacrée à Celle qui, parmi tous les êtres humains, a donné la réponse la plus parfaite à cette question : Aimes-tu ? »
Après la messe, Jean-Paul II prie devant la statue de la Vierge à l’Enfant et prononce une prière qui sera reprise 39 ans plus tard, lors de la réouverture de la cathédrale après les travaux de restauration.
« Vierge Marie, au cœur de la Cité, nous vous prions pour cette ville capitale. Vous, l’Intacte, gardez-lui la pureté de la foi ! »
Puis, dans l’après-midi, le pape descend les Champs-Elysées à la rencontre des Parisiens.
Le soir du 31 mai, Jean-Paul II retourne dans la cathédrale pour parler aux prêtres et diacres d’Île-de-France. Son discours porte sur l’identité sacerdotale et le fait qu’elle est fixée par le Christ et l’Église et non le monde, sur la communion avec l’évêque, sur l’unité entre prêtres, et sur l’Espérance. Il précise « Et vous, prêtres de France, vous avez la chance d’être les héritiers d’une pléiade de prêtres qui demeurent des exemples pour l’Église entière, et qui sont pour moi-même une source constante de méditation […] ». Il termine par l’annonce de son pèlerinage à Lourdes l’année suivante.
Dans un message radiophonique aux Français, il s’adresse tout particulièrement à ceux qui n’ont pu se rendre à la messe à Notre-Dame que soit à cause de la maladie, du handicap, de la prison, du travail.
Le reste de son voyage continue tambour battant. Le 31 mai il rencontre différentes communautés chrétiennes, notamment la communauté polonaise, ainsi que les représentants des autres confessions chrétiennes à Paris et la communauté juive. Le 1er juin, le pape célèbre une messe à l’aéroport du Bourget, dans la boue car il a plu toute la nuit et le matin même. Il y développe longuement le thème de l’alliance de l’homme avec la Sagesse éternelle puis l’effondrement de cette alliance et conclut par l’interpellation désormais célèbre :
« France, Fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? France, Fille de l’Église et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle ? »
Saint Jean-Paul II
Il prie l’Angelus à Paris, visite l’Institut Catholique de Paris et va à la rencontre des jeunes au Parc des Princes. Il se rend ensuite à Saint-Denis pour célébrer une messe pour les travailleurs à la basilique. La journée se termine par un discours à l’UNESCO et une soirée de prière à la basilique du Sacré-Cœur, où il prononce un nouveau discours et procède à la bénédiction de la ville de Paris. Jean-Paul II continue ensuite son voyage en France à Lisieux.
Infatigable voyageur, il reviendra une deuxième fois à Paris 17 ans plus tard pour les 12e Journées mondiales de la jeunesse en 1997. Plus d’un million de personnes iront à sa rencontre déjouant les prévisions assez pessimistes sur l’affluence attendue.
Jean-Paul II arrive à Paris le 21 août. Il rencontre les autorités civiles et religieuses avant de se rendre sur le Parvis des libertés et des droits de l’Homme au Trocadéro.
Le matin du 22 août 1997, le pape préside la célébration de béatification du bienheureux Frédéric Ozanamvisite à Notre-Dame de Paris devant des milliers de membres de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ainsi que des évêques de différents pays. La cathédrale accueillait pour la première fois une béatification sous ses voûtes. Frédéric Ozanam était un Français qui vécut pendant la première moitié du XIXe siècle. Professeur à la Sorbonne, il fonda la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Le pape dit de lui qu’il était « un modèle d’engagement et de sainteté pour les jeunes du monde entier ».
À l’arrivée du pape dans la cathédrale un hymne est chanté. Jean-Paul II est accueilli par Monseigneur Lustiger. Le cardinal présente ensuite la cause en béatification. Au moment de l’homélie, Jean Paul II rappelle l’œuvre sociale d’Ozanam et son rôle précurseur de la doctrine sociale de l’Église. La formule de béatification est ensuite prononcée. Ozanam est proclamé « bienheureux ».
L’après-midi le pape part visiter la nouvelle cathédrale d’Evry.
Le 23 août au soir, une veillée baptismale est présidée par Jean-Paul II à l’hippodrome de Longchamp.
Enfin le 24 août, la messe de clôture est célébrée par le pape également à l’hippodrome de Longchamp en présence d’1,2 million de fidèles.`
Le 4e pape à Paris, Benoît XVI en septembre 2008
Benoît XVI, quatrième et donc maintenant avant-dernier pape à venir dans notre pays, a effectué un séjour de deux jours à Paris et Lourdes à l’occasion des 150 ans des apparitions, le vendredi 12 et samedi 13 septembre 2008.
Le programme parisien est dense, Benoît XVI est d’abord accueilli officiellement au Palais de l’Elysée par Nicolas Sarkozy, président de la République. Les deux hommes échangent sur la laïcité et les religions dans la société française.
Puis, il participe à une rencontre organisée à la Nonciature apostolique avec les représentants de la communauté juive.
À 17h30, Benoît XVI prononce un discours au Collège des Bernardins sur la foi et la raison devant 650 personnes du monde de la culture, moment très marquant de sa visite. Dans son discours, le pape synthétise toute sa pensée théologique. Il défend l’idée que la véritable essence de la civilisation chrétienne est une « culture profondément imprégnée par la parole divine ».
Le pape célèbre ensuite la prière des vêpres dans la cathédrale Notre-Dame avec le clergé, les religieux, les séminaristes et les diacres. Après les vêpres, Benoît XVI prononce un discours à l’intention des jeunes sur le parvis et ouvre une veillée de prière : le « Chemin de Lumière » qui se tient simultanément dans plusieurs églises parisiennes.
Le lendemain samedi 13 septembre, la journée commence à 9h10 au Collège de France. Le pape y salue le chancelier Gabriel de Broglie, puis se rend sur l’esplanade des Invalides où 300 000 fidèles l’attendent pour la messe. Dans son homélie, le pape insiste sur le mystère eucharistique et la vocation sacerdotale et appelle les jeunes à ne pas avoir peur : « N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur de donner votre vie au Christ ! »
Benoît XVI continue ensuite son périple vers Lourdes, où il poursuit le Chemin jubilaire jusqu’au lundi 15 septembre.
Le pape François se rend quand à lui trois fois en France : à Strasbourg en 2014, Marseille en 2023, Ajaccio en 2024, sans jamais faire étape à Paris.
Les 25 et 26 septembre 2026, le pape Léon XIV sera donc le 5e pape à venir à Notre-Dame de Paris.
Claire-Elizabeth Mantel, guide CASA.
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